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Nos nouveaux billets : n°14 (Accueil), 15, 16, 17 et 18

Billet N°14, Accueil, octobre 2017

En guise d’éloge aux Pères du Concile

En cette année 2017, qui marque le centenaire du Concile de l’Église russe de 1917-18, nous continuons notre présentation des documents concernant le chant d’Église élaboré à ce Concile (voir le début dans Billet N° 10, Archive : Liminaire juillet 2017). La deuxième partie du document parle du chant polyphonique, le Chant à plusieurs voix, et des conditions requises par celui-ci pour résonner en conformité à la vraie nature de la prière de l’Eglise (ici Billet N° 15). On peut difficilement parler de ‘style’ ici, plutôt de ‘genre’, car le chant est fortement marqué par la pensée, le verbe, la parole des Pères liturgistes qui transforment le chant en prière. Ainsi le chant doit se conformer à la parole chantée. Un chef de chœur éclairé doit pouvoir maitriser les deux aspects simultanément. Le Concile emploie le terme «priance» (‘molitvennost’ en russe), qualité d’un chant priant, qui désigne une conformité à l’esprit liturgique de la mélodie en dialogue avec Dieu. Cette priance est la disposition du chantre qui a ‘déposé tous les soucis du monde’ pour vivre organiquement et raisonnablement, ne fut-ce que le temps de la Liturgie, plongé dans le Royaume céleste. Cette prière, telle la lumière, porte les marques de la Transfiguration.

La priance, qui est présence de Dieu, est l’une des constituantes de la Tradition, transmise de génération en génération dans l’Église depuis l’avènement de l’Esprit Saint à la Pentecôte. Plus proche de nous dans le temps, la tradition russe, de fait, nous a légué un héritage potentiellement d’une rare beauté spirituelle, un trésor encore insoupçonné de modulations et d’expressions sonores de la Vérité et de la Sagesse de Dieu. Au centre de cette création se tient le Fils de Dieu. Citons cette stichère de l’apostiche des matines du Mardi de Semaine Sainte :

«ô mon époux, toi qui resplendis de beauté plus que tous les hommes, et qui nous as appelés à la table spirituelle de ta chambre nuptiale, dépouille-moi de l’habit misérable de mes péchés par la participation à tes souffrances, et m’ayant paré du vêtement glorieux de ta beauté, fais de moi un convive lumineux de ton Royaume, car Tu es miséricordieux.»

Nous pouvons dire que le chant d’Église doit être humain dans la haute conception que propose l’Ecriture Sainte. En effet, l’être humain fut créé à l’image de Dieu, c’est en cette qualité de connaissance qu’il chante à Dieu.

Nous pouvons aussi nous rappeler que la pensée grecque ancienne, qui a tant inspiré les Pères de l’Église, affirmait que l’homme est ‘la mesure de toute chose’. Mais de quelle sorte d’homme s’agit-il, nous demanderons-nous ? La place centrale ultime de l’être humain fut pleinement consacrée à Bethléem à la naissance du Fils de Dieu devenu homme. La naissance divine a effectivement apporté la possibilité de Salut à l’homme, et en conséquence a consacré le fondement de la culture, la culture liturgique en particulier. Jésus sur terre est tout à la fois prophète, pasteur et roi. Il est l’homme parfait. Tout ce qui est de Jésus peut éclairer notre entendement de la musique d’Église.

Nous pouvons pour l’exemple, mesurer celle-ci à deux vertus éminemment christiques, la grandeur et l’humilité - propres au Fils de Dieu. En considérant l’analogie, nous pouvons évaluer le Chant par ces deux vertus et voir si elles nous mènent au Christ.

Nous trouvons une deuxième comparaison du chant liturgique avec ce qu’est la démarche du Seigneur. Lui, le Fils de l’homme, n’a pas eu où ‘reposer sa tête’ (Mt 8:20), le chantre d’Église pareillement ne joue pas, ni ne s’accompagne d’aucun instrument en guise de support: il chante comme le Christ annonçait la Bonne Nouvelle. Il s’appuie uniquement sur la Parole.

Prononçons une dernière parole de reconnaissance en faveur des Pères du Concile que nous célébrons, et de ceux proches de nous qui dans notre vie dans l’Orthodoxie Occidentale, nous ont transmis - parmi tous les autres dons - le don de la sainte ‘priance’ du Chant traditionnel !

Cette livraison d’Octobre comporte, comme nous l’avions annoncé en juillet, les harmonies des prokimènes du ton 3 (Billet N° 16). Ce faisant, nous insistons sur le caractère mélismatique qui façonne ce genre, et de tout chant liturgique en général. En comparaison avec les chansons séculières que l’on chante et qui sont métriquement rythmées, chanter les ‘mélismes’ des prokimènes demande un effort, une retenue. Cet effort est rendu plus léger si on s’attache à fixer son attention sur « l’appui », l’accent porteur du mélisme. Cet accent prosodique, encore que musical, prend la forme du parapluie qui a son arbre porteur et ses branches. Nous avons déjà parlé de ‘grappes’ de fruits portés par leur tige. Cet effort est encore facilité par le fait de la proximité des notes formant la mélodie, et qui souvent constituent une «triade», un nid, un cercle, un déploiement centripète.

En contraste avec l’aspect ‘cantilène’ du Chant d’1Église, nous nous tournons vers son articulation verbale, prosodique dans Billet N° 17. S’il y a un rythme musical dans la prière (en particulier ‘mélismatique’), il y a certainement et simultanément un rythme verbal qui se greffe sur le précédent. Souvent, chantant les tons, les chanteurs d’Église tombent dans un chant cadencé mécanique, à cheval sur une ligne de croches, syllabe après syllabe. C’est un sillon d’où il est difficile de sortir. Pour s’en libérer, il faut considérer ce qu’est le rythme verbal ou prosodique. Ainsi dans ce Billet, nous nous tournons vers la notion de ‘syllabe remarquable’ et de son rythme.

Enfin, dans Billet N° 18, nous commençons une discussion du ‘ton’ sonore qui subtilement domine dans l’office liturgique. C’est la note de musique - que nous appelons ‘la corde’ - qui réunit les différents acteurs de la liturgie : prêtres, diacres, canonarques, chefs de chœur, lecteurs et chantres. Toutes leurs ‘prestations’ gravitent autour de cette tonalité commune pour la durée d’une section de l’office plus ou moins longue. La ‘corde’ est l’une des composantes de l’unité sonore de l’office.

[Nous gardons en ‘Archive’ les Billets publiés précédemment.]

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